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Echecs : Ordinateurs gros et micros

C'est à New York qu'a eu lieu du 22 au 25 octobre dernier, le quatrième championnat du monde d'échecs sur ordinateurs.
Après la victoire du programme soviétique Ka ssa en 1974, et des programmes américains chess 4.6 en 1977 et Belle en 1980 (voir Jeux & Stratégie n 6), les Américains partaient plus que jamais favoris encore.
Belle, vainqueur de tous les championnats d'ordinateurs, et invaincu depuis 3 ans, était considéré par tous les spécialistes comme un vainqueur probable bien que ses concepteurs Ken Thompson et Joe Condon l'aient peu amélioré ces derniers temps. Comme pour mieux marquer la position de Belle dans ce championnat, un officiel de la Fédération américaine d'échecs remit à ses programmeurs, avant la première ronde, un diplôme attestant que la machine est désormais Ma tre national américain avec un Elo officiel de 2206.

Ce classement a été acquis à l'issue de plusieurs épreuves humaines auxquelles le programme a participé, dont le dernier US Open o Belle marqua 8,5 points sur 12, faisant nul avec un joueur classé 2407.

Sur les 22 programmes en présence :
9 des Etats- Unis, 3 canadiens, 4 allemands, 3 anglais, un hollandais, un suédois et un finlandais on ne voyait guère que Cray Blitz, Nuchess et Bebe, tous américains, pour contester la suprématie de Belle.

Après avoir gagné facilement les 2 premières rondes, Belle s'inclina lors de la troisième face à son vieil adversaire Nuchess, programme de David Slate, qui gagna une finale Roi et quatre pions contre Roi et quatre pions, parce que son Roi était mieux placé. Dans cette finale, Nuchess analysait chaque coup jusqu'à une profondeur de 15 demi- coups, cependant que Belle allait lui jusqu'à 17 demi-coups!

Lors de la quatrième ronde, les deux joueurs à 3 points, Nuchess et Cray Blitz s'affrontaient, mais ne pouvaient se départager. Belle se rapprochait d'eux en marquant le point contre Chess, un autre habitué des premières places. Dans la cinquième et dernière ronde, Nuchess, excellent jusque-là, perdait la partie et le titre contre Belle sur une faute positionnelle que ne commettent pas la plupart des micros-machines du commerce. Belle affrontait Cray Blitz dans une finale que tout le monde attendait depuis des mois, et s'inclinait nettement, transmettant son sceptre à son vainqueur.

Cray Blitz, le nouveau champion du monde, est un programme assez récent (3 ans) conçu par MM. Hyatt, Gower et Nelson. Il tourne sur un Cray X, l'ordinateur le plus puissant du monde, dont il n'existe que quelques exemplaires aux Etats- Unis. C'est donc comme pour Belle, la rapidité de calcul, plutôt que la qualité du programme qui fait la force de Cray Blitz, lequel examine entre 25 000 et 75 000 coups par seconde (Belle en examine lui 110 000).
Quelle est la force du nouveau champion en points Elo? Probablement environ 2200. Mais, nous en saurons davantage au mois de février prochain, lorsque Cray Blitz affrontera l'un des meilleurs joueurs français à Paris, lors d'un colloque scientifique sur les échecs organisé par le Cesta (Centre d'études des systèmes et des technologies avancées).

Et les micros?

En 1980, à Linz, deux micros avaient participé pour la première fois au championnat du monde, le prototype de Fidelity Electronics n'avait marqué qu'un demi-point sur 4, alors que Mychess, programme de David Kittinger avait fait trois parties nulles et perdu la quatrième.

On a pu mesurer le chemin parcouru en 3 ans par les micros avec les comportements remarquables à New York des Mephisto, Prestige Challenger et Novag X. Les prototypes des trois principales marques du marché ont marqué respectivement 3, 2,5 et 2,5 points, soit la moyenne ou un peu plus.

Et si Mephisto X a fait un peu plus que ses deux rivaux, il ne faut pas trop vite conclure qu'il était meilleur qu'eux : cinq rondes pour un championnat de 22 participants c'est insuffisant pour établir des hiérarchies fiables en milieu de classement, et le tirage au sort des adversaires joue un rôle important.

Ainsi le Prestige X dut affronter Cray Blitz et Bebe, les deux premiers, alors que Novag X avait des adversaires plus faciles. Calculant environ 100 fois moins vite que leurs monstrueux rivaux, les micros ont offert aux gros ordinateurs une résistance souvent opiniâtre, sans jamais toutefois donner l'impression de pouvoir l'emporter. Pour le moment, l'intelligence doit encore s'incliner face à la force brute !